Menu
Coups de coeur
Mot du sommelier
Cours sur le vin
Activités de dégustation
L'univers du vin
Accord vins et mets
Recommandations de vins
Portrait d'un vigneron
Recettes des chefs
Trucs & astuces
Devenez membre


    Services
Veille oenologique
Cours sur demande
Dégustation sur demande
Services aux restaurateurs
Organisation d'événements
Formation en entreprise
Services conseil
Voyages viti-vinicoles
Bulletin


    Références
Fiche de dégustation
Tableau des millésimes
Guide des restaurants
Message aux producteurs
Membres corporatifs
Commanditaires
Trousse Média
Répertoires et liens utiles

    L'univers du vin
Les régions viticoles
Les arômes du vin
Les cépages
La classification des vins
Les étiquettes
Les millésimes
La cave à vin et la préservation

La dégustation du vin
Le service du vin

    Réseau international d'amateurs et de professionnels passionnés des vins!
  Accueil   |   À propos de nous   |   Devenez membre   |   Bulletin   |  Certificat cadeau   |   Contact

Aimé Guibert...
   un homme et son terroir.

    par Alain Lebel 


Aimé Guibert et Alain lebelA
u moment où il est entré dans la pièce, il s'est installé immédiatement un climat de respect, d'harmonie et d'admiration pour cet homme fier, à l'air un peu moqueur, au regard perçant, souriant et très alerte malgré ses 83 printemps.

Aimé Guibert, légende vivante du Languedoc venait d'arriver à Montréal pour assister à l'événement Montréal Passion Vin, et en profitait pour nous rencontrer, quelques journalistes du vin, afin de nous livrer un aperçu de la passion de son métier, du respect de son terroir, et de l'amour des belles et bonnes choses. En fait, de cet homme éminemment sympathique, c'est beaucoup plus que nous avons reçu, car à l'amour de son métier et de son terroir, s'ajoutent une conscience sociale extraordinaire, un amour de la nature et de la terre hors du commun et une vision extrêmement lucide de ce qui se passe sur la planète tout entière. Un homme qui nous rappelle que l'importance de la qualité et de la beauté des choses devrait toujours primer sur l'importance des dollars.

C'est un beau discours que beaucoup ont prononcé, mais rarissimes sont ceux qui, comme lui, vivent selon ces principes, sans compromis, de façon totalement intègre. Plus qu'un beau discours, car cet homme a déjà gagné des batailles épiques, posé des gestes courageux et est toujours resté d'une droiture remarquable, même dans les moments les plus difficiles. Mais qui est donc ce personnage?

Aimé Guibert est le propriétaire et fondateur du Daumas Gassac, une des réalisations les plus spectaculaires dans le monde du vin depuis le début des années 70. À cette époque, fallait avoir des couilles pour planter sur des coteaux d'Aniane des cépages différents que ceux déjà utilisés dans cette région, et surtout, de les planter à cet endroit. Mais, il avait été convaincu par un géologue visionnaire, Henry Enjalbert, que ce coin pauvre, aride et caillouteux possédait toutes les caractéristiques pour enfanter un grand cru. Il a longtemps passé pour un espèce d'illuminé dans son petit coin de pays, surtout quand il annonçait les prix élevés (pour des vins de pays) auxquels il comptait vendre son vin. Mais grâce à la qualité du produit, et à la critique élogieuse de la presse spécialisée anglo-saxonne, la gloire a finalement pointé le bout de son nez, puis vint la reconnaissance, et maintenant, il est devenu pour plusieurs, une inspiration et un modèle.

Plus qu'un vigneron, Aimé Guibert est un homme d'une lucidité incroyable, peu commune, qui pose un regard juste et tranchant sur le monde. Pour lui, il existe fondamentalement deux façons de produire du vin;
— soit à la « moderne », c'est à dire pousser les vignes à produire rapidement et surtout massivement, quelquefois plus de 35000 kg à l'hectare. Peu importe si le jus est déficient en sucre, en acidité, en arômes, car on peut toujours s'en occuper ultérieurement grâce à l'oenologie moderne et à l'intervention de l'homme qui peut manipuler le produit de façon à ce qu'il conserve une parfaite homogénéité, même sur un million de bouteilles et plusieurs millésimes.
— ou, tout comme lui, à la façon d'un vigneron traditionnel qui fera en sorte que ses vignes vivent un siècle, tout en respectant leur rythme, sans les « booster », même si ainsi elles produiront dix fois moins. Le résultat est un vin marqué par le millésime, le terroir, les conditions d'une année et très peu par l'homme.

Bien que son choix fut clair, il respecte ceux qui ont choisi une façon différente de faire. Il y a de la place pour toutes les façons de faire. Là où il s'insurge, c'est contre ceux qui utilisent les mots et le langage des vignerons pour vendre ou décrire leurs produits industriels. Et il a bien raison, car l'un n'a rien à voir avec l'autre.

Avant de fonder Daumas Gassac, Aimé Guibert était un industriel du cuir. La mondialisation a tué cette industrie en France en 1985. Cette expérience a été marquante pour lui et avec Daumas Gassac, Aimé Guibert était mieux préparé pour faire face à cette menace. Convaincu de l'importance de préserver le lien qui unit l'homme à la terre, il dénonce les multinationales, ces bandits qui dirigent le monde et qui ne reconnaissent que l'argent au détriment de la nature et de l'homme.

Ces convictions l'ont poussé dans une bataille épique contre la multinationale américaine du vin Mondavi qui comptait s'installer dans la région d'Aniane. Ils arrivaient avec leurs millions, voulaient tout acheter, tout raser, pour profiter de ce terroir exceptionnel. Les politiciens locaux leur avaient promis le massif de l'Arboussas, un terrain sur lequel il y a une forêt protégée de 200 hectares. Or, cette forêt procure la fraîcheur de l'air, la qualité de vie aux résidents, offre les joies de la traque pour les chasseurs et est aussi un lieu de promenade pour les randonneurs du dimanche. Plus que tout, c'est un espace communal qui appartient à tout le monde, donc pas question d'arracher cette forêt et de priver l'homme de cette nature. C'était David contre Goliath. Il s'est battu et il a gagné. Les Mondavi sont retournés bredouilles chez eux.

Pour les mêmes raisons, et c'est à cause des mêmes convictions, que le tiers de la surface du domaine de Daumas Gassac est resté à l'état sauvage. Étant donné l'immense succès des vins de Daumas Gassac il peut être tentant de tout raser et de planter plus de vignes, produire plus et vendre plus. Mais pas pour cet homme qui a compris que la nature c'est un tout et que ces espaces sauvages contribuent à la qualité de son vignoble et de son vin.

Ce respect de la nature environnante et de la forêt de garrigue qui domine le paysage, explique la grande complexité des vins de Daumas Gassac, qui sont ainsi rehaussés de la multitude de parfums des arbustes méditerranéens (laurier, thym, lavande, fenouil, romarin, menthe sauvage, etc.) qui sont transmis aux vignes environnantes. Ce sont ces caractéristiques qui font tragiquement défaut dans les méthodes modernes de monoculture de la vigne sur d'immenses territoires sans autre végétation que le vignoble.

Cette science, ce savoir et cette conscience qui animent Aimé Guibert lui ont été transmis par quelques personnes de première importance dans son parcours. Tout d'abord, il y a eu Henry Enjalbert qui l'a persuadé que ce terroir pouvait engendrer de grands crus. Puis, Émile Peynaud, qui entre autres choses, l'a dirigé pour qu'il accepte d'aider le terroir à s'exprimer dans ses vins. Émile Peynaud était un oenologue majeur qui a conseillé les plus grands châteaux de Bordeaux (Margaux, Cheval Blanc, Lafite Rothschild, Laville Haut-Brion, Léoville Las Cases...). C'est cet oenologue, probablement le plus grand du XXe siècle, qui a formé et guidé Aimé Guibert et qui lui a surtout transmis les notions et la conscience du vin. Il lui a légué, plus que tout, l'art de faire naître un vin fidèle à un terroir.

Non seulement il a écouté et appliqué les enseignements d'Émile Peynaud, mais il a su les intégrer et, plus important encore, les transmettre. Ses enfants sont maintenant prêts à prendre la relève, et de toute évidence, ce sera avec la même conscience que celle du père. Cette philosophie de vie et cette conscience ne sont pas uniquement primordiales pour leurs applications dans la production du vin, mais elles le sont tout autant pour l'avenir de l'humanité. Merci M. Guibert de nous le rappeler dans chacun des flacons du Mas de Daumas Gassac.

---------------------

Les vins produits par la famille Guibert et normalement disponibles au Québec, sont;
-Moulin de Gassac, Terrasses de Guilhem, (554105), prix 10.55 $
-Moulin de Gassac, Eraus 2006, (10269468), prix 16.30 $
-Moulin de Gassac, Élise 2006, (602839), prix 14.15 $
-Mas de Daumas Gassac 2005, (714725), prix 43.75 $

-Mas de Daumas Gassac, cuvée Émile Peynaud 2002, 198.00$
(n/d. prochain arrivage non déterminé)

Pour connaître notre appréciation de ces vins, cliquez sur le nom du produit.


Crédits photos: -Site internet Daumas Gassac.
                       -A.Lebel.

-----------------------------------------

 
     Les chroniques précédentes  

Pour prendre connaissance des chroniques précédentes cliquez ici.

 

     L'univers du vin

Vous pouvez également consulter les rubriques suivantes de l'univers du vin:

 

 

Copyright © 2004 - 2008 alain.lebel.net / Tous droits réservés